
La Récolte N°8
Nous vous invitons à plonger dans l’univers des auteurices Sivan Ben Yishai, Sara Bourre, Olivia Csiky Trnka, Nicolas Girard-Michelotti, Ludovic Longevin, Éric Maniengui, Galla Naccache-Gauthier, Nalini Vidoolah Mootoosamy.
Nous avons également convié Pauline Sales pour l’ouverture de la revue et Marcos Caramès-Blanco & Samaële Steiner à dialoguer sur le rapport entre leur écriture et la ou les marges.
Sivan Ben Yishai

Extraits de LOVE / Exercice argumentatif, de Sivan Ben Yishai (traduit de l’anglais par J. Tirard)
Entretien avec Sivan Ben Yishai, par Pauline Bouchet, Léo Ferber & Louise Klipfel
Portfolio Bodybuilding, dirty pixel de Léonie Ott
Pour aller plus loin Penser le féminisme en librairie, entretien avec Gaëlle Partouche, par Doriane Thierry
Sara Bourre

Extraits de Huit fois le feu, de Sara Bourre
Entretien avec Sara Bourre, par Christine Khiel
Portfolio #gardiennesderue, collages de LaDame Quicolle
Pour aller plus loinConversation croisée entre Béatrice Bienville & Sara Bourre
Olivia Csiky Trnka

Extraits de Une Vénus de 5743 ans, d’Olivia Csiky Trnka
Entretien avec Olivia Csiky Trnka, par Corinne Loisel
Portfolio Fluo Bleaching, dessins par grattage sur photographies de Raphaëlle Peria
Pour aller plus loin La vieillesse comme un rôle, par Danielle Chaperon
Nicolas Girard-Michelotti

Extraits de Lichka, ville d’amour, de Nicolas Girard-Michelotti
Entretien avec Nicolas Girard-Michelotti, par Véronique Piantino & Claire Rouet
Portfolio L’Isolement du doute, photographies de Marie-Céline Nevoux-Valognes
Pour aller plus loin Amour et conventions sociales, entretien avec Isabelle Clair, par Simon Grangeat & Thomas Horeau
Ludovic Longelin

Extraits de L’Homme en son jardin, de Ludovic Longelin
Entretien avec Ludovic Longelin, par Élise Blaché & Roxane Driay
Portfolio Buttes, peintures de Gala Vanson
Pour aller plus loin L’effet spectateur, entretien avec Peggy Chekroun, par Élise Blaché
Éric Maniengui

Extraits de Les Dispersés, d’Éric Maniengui
Entretien avec Éric Maniengui, par Marjolaine Baronie
Portfolio Lost Tribe, techniques mixtes sur papier de Steve Bandoma
Pour aller plus loin L’anatomie du dispersement, par Ghita El Bahbah
Galla Naccache-Gauthier

Extraits de Pensée sauvage, de Galla Naccache-Gauthier
Entretien avec Galla Naccache-Gauthier, par Théo Perrache
Portfolio Too many corpses are being created, peintures de Marion Jdanoff
Pour aller plus loin Disparaître pour continuer à vivre, rencontre avec David Le Breton, par Sylvère Santin
Nalini Vidoolah Mootoosamy

Extraits de Bleach Me, de Nalini Vidoolah Mootoosamy (traduit de l’italien par F. Martucci)
Entretien avec Nalini Vidoolah Mootoosamy par Laetitia Guichenu, Transmettre l’appartenance dans un monde divisé
Portfolio Le Chant des Walés, photographies de Patrick Willocq
Pour aller plus loin Une idéologie incarnée, entretien avec Jean-Luc Bonniol, par Erell Blouët
Pour commander le numéro 8 de La Récolte et découvrir la revue dans son intégralité, cliquez ici.
LOVE / EXERCICE ARGUMENTATIF
Une pièce de Sivan Ben Yishai
EXTRAIT
Dans mon deuxième roman, l’héroïne, 12 ans, profite de l’absence de ses parents pour se faire couler un bain. Elle dévisse le pommeau de douche, place le tuyau entre ses cuisses, et se fait renverser par son premier orgasme. Le roman débutait par cette phrase : « C’est à 12 ans que j’ai connu mon premier vrai orgasme » ou : « Mon premier orgasme m’a coûté mes quatre dents de devant. »
Je repense à cette baignoire et à ce corps jeune et nu, renversé par cette vague de plaisir inattendue. Forte et soudaine, comme une gifle. Délicieuse, interminable, comme de la glace à l’italienne sortant d’une machine tremblotante.


SIVAN BEN YISHAI
Sivan Ben Yishai est née en 1978 à Jérusalem. Elle étudie le théâtre à Tel-Aviv avant de partir vivre à Berlin où elle travaille comme autrice et metteuse en scène depuis 2012. Depuis 2017, ses pièces, écrites en anglais, sont publiées en version originale et en allemand aux éditions Suhrkamp. En 2020, elle est invitée à participer au prix dramatique de Mülheim pour LOVE / Exercice argumentatif, première de ses pièces traduite en français.
Huit fois le feu
Une pièce de Sara Bourre
EXTRAIT
Vous voulez que je parle
je parle
je parle par-dessus ceux qui devraient se taire
ceux qui disent que je parle trop
que la façon dont ma peau prend si bien la lumière
est forcément suspecte
que mon regard droit dans les caméras a une couleur obscène
que le temps du désespoir est celui du silence
que pour porter le deuil il faut courber l’échine
je parle
pour ne plus entendre la voix de ceux qui s’offusquent
je parle à la place des hommes qui parlent pour ne rien dire
penchés sur le bien le mal scalpel à la ceinture prêts à disséquer
prêts à faire les comptes à remplir des colonnes


SARA BOURRE
Sara Bourre a étudié l’art dramatique au conservatoire Jacques Ibert à Paris. Elle se produit sur scène avec des musiciens, dans des projets où se croisent texte, matière sonore et visuelle. Écrivaine, elle a publié des nouvelles, de la poésie et Maman, la nuit (Noir sur Blanc), son premier roman. Elle est également l’auteure de La Favorite (Zone Critique, coll. « Vrilles ») et Chambre 908 (Le Castor Astral). Huit fois le feu est sa première pièce.
UNE VÉNUS DE 5743 ANS
Une pièce d’Olivia Csiky Trnka
EXTRAIT
Ma Coquille d’or, ah, Ma Petite Fille, fait froid. Mais entre Ma Coquille d’or ! Entre ! Pourquoi tu te caches, Petite Fille de mes Eaux ? J’ai fait la douche. Pour une fois que je suis propre, les ongles rognés et la face luisante…
Tu ne cacheras pas ce petit hoquet qui fait couler la consternation de tes yeux. Oh, comme j’aimerais revoir tes beaux yeux de vache, Ma Petite Fille !
Pas comme les petits yeux cernés des aides-soignantes. Berk, des algues gâtées ces Salima, même pas des infirmières, ces soignantes. Elles s’appellent toutes Salima, tu as remarqué Mon Anguille ? Elles frottent le sol de toute leur âme, quand elles en ont une, mais ça s’accroche dans les fissures, la putréfaction…


OLIVIA CSIKY TRNKA
Née à Bratislava, Olivia Csiky Trnka a été formée à La Manufacture – Haute école des arts de la scène et à l’Université de Lausanne. Autrice, metteuse en scène et comédienne, elle a fondé sa compagnie Full PETAL Machine. Ses créations explorent le sublime pour forger des mondes aussi baroques que politiques.
LICHKA, VILLE D’AMOUR
Une pièce de Nicolas Girard-Michelotti
EXTRAIT
Théo. – Je t’ai dit nous sommes des ombres dans cette ville et tu m’as dit des ombres d’ombres dans cette ville. Et mes lèvres ont rencontré tes lèvres, c’était comme tomber en toi. Ta langue a coulé au-dedans de moi, on aurait dit un glaçon tendre tiède dans ma bouche. Un frisson de plaisir a parcouru mon corps. Je ne te connaissais que depuis un moment mais j’ai eu tout à coup l’irrésistible, oui, l’irrésistible envie de me mettre en danger.
Ludmila. – Je t’aime tu as dit je t’aime je t’aime je t’aime, tu l’as dit tout bas mais je l’ai entendu je t’aime.
Théo. – Je m’en souviens c’était un soir où il pleuvait.
Ludmila. – À l’instant précis où tu as dit ces mots –
Théo. – J’ai vu à travers la fenêtre –
Ludmila. – La pluie se transformer en neige. J’ai eu froid.


NICOLAS GIRARD-MICHELOTTI
Nicolas Girard-Michelotti est né en 1993 à Aix-en-Provence. Il s’est essayé très tôt à l’écriture théâtrale et il a écrit plusieurs pièces, notamment dans le cadre de son passage à l’École du Nord (Lille) dirigée par Christophe Rauck. Ses pièces sont publiées à L’école des loisirs et aux Solitaires Intempestifs. Avec Jean Massé, il fonde en 2024 la compagnie Lichka qui porte à la scène plusieurs de ses textes.
L’HOMME EN SON JARDIN
Une pièce de Ludovic Longevin
EXTRAIT
Voix du père de Gaétan. – qu’est-ce que t’as encore foutu
c’est plus possible ça
Voix de la mère de Gaétan. – toutes vos conneries
c’est pas possible
ah non c’est pas possible
Voix du père de Gaétan. – t’as vu ce que t’as fait
t’as vu la voiture
non mais t’as vu l’état de la voiture
allez fous-moi le camp
rentre à la maison
fiche-moi le camp
putain de merde
Voix de la mère de Gaétan. – Océane Océane
occupe-toi de ton frère
regarde ce qu’il a
à la tête surtout
il saigne comme un cochon
manquerait plus que c’est grave


LUDOVIC LONGEVIN
Auteur d’une trentaine de pièces de théâtre, Ludovic Longelin débute sa formation théâtrale à l’école Charles Dullin de Paris puis au Conservatoire de Lille. Parallèlement à son travail d’écriture, il conçoit depuis 2018 des performances théâtrales (We must meet apart, Sunji, Assimulatio-1/Pessoa…) dans des lieux non dédiés au théâtre. Ses deux dernières pièces sont lauréates de l’Aide à la création d’Artcena : Visscherbende-Station (2023) et L’Homme en son jardin (2025).
LES DISPERSÉS
Une pièce d’Éric Maniengui
EXTRAIT
Kim-Vi. – Conte de saison sèche du royaume Kongo : Le conte du Ntinu Tida, dit le roi Caillasse
Là-bas, dans le domaine du roi Caillasse, dans ces terres désolées, sales et arides, là-bas, où l’air est trop lourd, trop chaud, trop chargé pour porter en son sein la poussière brune de la terre sèche, là-bas, où les visibles négocient sans cesse avec l’invisible, où les vivants se régénèrent en absorbant les morts dans la nuit et le silence. Là-bas, sur une route incertaine, serpente un homme ivre et nu accompagné de son fils. Ils cavalent sur une pétrolette fatiguée d’avoir écumé la Terre à la recherche de la fortune, quelle qu’elle soit.


ÉRIC MANIENGUI
Formé à la réalisation à l’EICAR, puis au théâtre au conservatoire du 12ème arrondissement de Paris, Éric Maniengui développe une écriture à la croisée du théâtre, de l’image et des dispositifs numériques. Cofondateur de la compagnie Blobfish Blues, il crée des formes hybrides mêlant récit, vidéo et scène. Lauréat de Jeunes textes en liberté en 2023 pour Les Dispersés, il explore les tensions entre héritage, diaspora et formes contemporaines de la dramaturgie.
PENSÉE SAUVAGE
Une pièce de Galla Naccache-Gauthier
EXTRAIT
Meije. – Ça là
C’est chez moi
Si je devais retenir une image de chez moi ce serait celle-ci
Les montagnes
Comme ça là exactement tout autour partout
[…]
Par la fenêtre
Par n’importe quelles fenêtres entourant la baraque c’est toujours la montagne qu’on voit
Courir
On a beau courir d’un bout à l’autre
Du Velux à la porte d’entrée
Oui
C’est bien la montagne qu’on voit
Blanche bleue ou grise c’est encore elle qu’on voit
C’est elle oui


GALLA NACCACHE-GAUTHIER
Galla Naccache-Gauthier est une autrice, comédienne et illustratrice grenobloise. Elle a écrit notamment Pensée sauvage entre ses 22 et 27 ans, et dernièrement un poème dramatique intitulé Raz de marée. Elle s’intéresse à la mise en récit des souvenirs, autant dans le dessin que dans l’écriture.
BLEACH ME
Une pièce de Nalini Vidoolah Mootoosamy
EXTRAIT
Ada. – Non, justement ! Tu as oublié la fois où un policier me l’a arrachée des bras, juste parce que certains passants soupçonneux étaient convaincus que je l’avais kidnappée ? J’en ai fait des cauchemars pendant des jours ! Sans parler de toutes les fois où les gens au parc ou au supermarché ou dieu sait où me prennent pour sa baby-sitter et lâchent « Petite, on ne dit pas de mensonges ! », « Mais qu’est-ce que tu dis ? C’est ta nounou, pas ta maman ! ». Tu sais combien de fois j’ai dû essuyer ses larmes et la rassurer en lui disant que les gens se trompent et que je suis vraiment sa maman ? Sa maman ! Mais comment peut-elle me croire si à chaque fois qu’elle m’appelle Maman en public, tout se fige autour de nous comme si elle venait de blasphémer ? Je sens que plus elle grandit, plus elle souffre de la défiance des gens, de leurs murmures ou de leurs rires. Tu devrais entendre les éclats de rire de certains pour étouffer l’idée que moi je puisse vraiment être sa mère.
Homme. – Tu es sa maman !


NALINI VIDOOLAH MOOTOOSAMY
Autrice dramatique italienne née à l’île Maurice, Nalini Vidoolah Mootoosamy est docteure en études françaises. Elle a enseigné dix ans à l’Université de Milan. Après The Foreigner’s Smile, pièce soutenue par le réseau européen Fabulamundi, elle écrit Bleach Me (2021), Lost&Found (2022), finaliste du Prix Riccione pour le théâtre (Italie), et Ban Ban Kaliban (2024). Fondatrice de l’association Ananke Arts, elle anime des ateliers d’écriture dramatique à destination des migrant·es depuis 2018.
ERRATUM : Une erreur s’est malencontreusement glissée en page 137 du numéro 8 de la revue. Voici la biographie de Nalini.
